Introduction
L’intensité de la transmission du paludisme varie sous l’influence de nombreux facteurs liés à l’environnement. Ces facteurs environnementaux (latitude, altitude, température, humidité et densité de la population) déterminent le développement des différentes espèces d’anophèles porteurs du paludisme.
La transmission du paludisme est graduée de « intense » à « faible ».
Selon les recommandations de l’OMS, la stratégie de la primaquine en dose unique faible (SLDPQ) concerne les zones à faible transmission présentant une incidence parasitaire annuelle de 100 à 250 cas pour 1 000 habitants et un taux de prévalence de P. falciparum ≥ 1 à 10 %, ainsi que les zones à très faible transmission présentant une incidence parasitaire annuelle < 100 cas pour 1 000 habitants et un taux de prévalence de P. falciparum < 1 %.
Les études cliniques du projet IMPRIMA ont pour objectif d’évaluer les modalités d’implémentation de la SLDPQ dans les régions impaludées, et d’étudier son efficacité sur la réduction de l’émergence de la résistance aux traitements à base de dérivés d’artémisinine, elles sont conduites dans des zones à transmission variable (de forte à faible transmission) de trois pays : le Burkina Faso, Madagascar et le Burundi. Les études sont conduites en utilisant des comprimés de primaquine, adaptés à l’âge et au poids des patients, développés dans le cadre du projet Developping Pediatric Primaquine (DPP) et en cours de validation par l’OMS.
Des objectifs spécifiques
- Fournir des données cliniques pour appuyer l’enregistrement des médicaments au Burkina Faso, au Burundi et à Madagascar ;
- Contribuer à la mise en œuvre de la stratégie SLDPQ en adoptant une approche communautaire, en proposant des modules de formation aux professionnels de santé et en soutenant l’élaboration des politiques au sein des ministères de la Santé ;
- Étudier l’influence de la SLDPQ sur la transmission des gènes de résistance aux ACTs ;
- Contribuer au renforcement des capacités des jeunes chercheurs africains ;
- Mettre en place un réseau entre les pays européens et africains afin de lutter contre les maladies liées à la pauvreté.
Dans les trois pays où le projet IMPRIMA est mis en œuvre, chacun veille à ce que les objectifs du projet soient liés et complémentaires aux programmes en cours menés par des acteurs internationaux tels que la Banque mondiale, la Fondation Bill et Melinda Gates, Medicine for Malaria Venture ou encore la President Malaria Initiative.
Pays partenaires
Dans les pays où le paludisme est endémique, les traitements standards sont distribués par les autorités sanitaires nationales via des programmes mondiaux de lutte antipaludique. L’approvisionnement de ces médicaments essentiels est soutenu par le Fond Mondial, l’USAID et d’autres bailleurs internationaux, qui achètent uniquement des médicaments dont la qualité répond aux normes internationales. Le projet IMPRIMA répond à une demande des autorités sanitaires en Afrique.
Dans leur lutte collective contre le paludisme, les trois pays implémentés et partenaires du projet IMPRIMA ne présentent pas les mêmes particularités et adoptent des stratégies variées.
Concernant l’usage de la primaquine en dose unique faible :
- Le Burundi n’a pas encore intégré la stratégie de la SLDPQ dans ses lignes directrices d’élimination du paludisme.
- Le Burkina Faso n’a pas encore intégré la stratégie de SLDPQ dans ses lignes directrices d’élimination du paludisme mais a d’ores et déjà bénéficié des études cliniques menées dans le projet DPP en tant que partenaire.
- Madagascar a intégré la stratégie de SLDPQ dans ses lignes directrices d’élimination du paludisme ; la SLDPQ est déjà utilisée mais uniquement dans les zones de pré-élimination et seulement chez l’adulte, ceci en raison de l’absence, jusqu’à très récemment, de formules pédiatriques (cf projet DPP ).
Collecte de données
La collecte de données destinées à appuyer l’Implémentation de la primaquine en dose unique faible (SLDPQ) pour bloquer la transmission en Afrique a été pensée en deux volets :
Le déploiement d’une étude clinique de terrain et une étude socio-anthropologique.
- Volet clinique : une étude randomisée en grappe multi-pays est menée dans des centres de santé à raison de 4 sites par pays : 2 sites Intervention et 2 sites Contrôle afin de générer des preuves solides, avec un focus sur l’Innocuité et l’Acceptabilité de la primaquine à dose unique faible en conditions réelles. Les résultats de l’étude serviront à produire les recommandations thérapeutiques utiles aux Programmes Nationaux de Lutte contre le Paludisme (PNLP) des 3 pays afin qu’ils puissent utiliser la SLDPQ et maximiser leurs efforts d’élimination du paludisme.
- Volet socio-anthropologique : une enquête qualitative exploratoire menée en 2024 a permis d’évaluer les connaissances, attitudes et pratiques des populations concernant le paludisme. Cette enquête a inclu des groupes de discussions dirigées vers l’amélioration de la santé dans la communauté, l’usage rationnel du médicament, la perception de la gratuité, etc. Une seconde enquête menée en parallèle à l’étude clinique et auprès de la même population se concentrera sur l’analyse des perceptions et des besoins communautaires sur le paludisme et la Primaquine ainsi que l’accès aux soins dans le contexte de prise en charge des patients atteints de paludisme aigu simple à Plasmodium falciparum.
Madagascar
Politiques locales
À Madagascar, la primaquine en dose unique est déjà utilisée mais uniquement dans les zones de pré-elimination et seulement chez l’adulte, ceci en raison de l’absence jusqu’à très récemment, de formules pédiatriques (cf projet DPP).
Partenaires de santé
L’équipe du CNARP est chargée de mener, gérer et coordonner les études cliniques dans les quatre centres de santé de base (CSB) à Ranomafana, Kelilalina, Ifanadiana et Tsaratanara.
Sites
Le district d’Ifanadiana, dans la région Vatovavy (sud-est de Madagascar) a été sélectionné comme terrain de l’essai clinique, une région qui jouit d’un climat de type tropical chaud et humide avec de fortes précipitations et une hydrologie riche. Le site de Tsaratanara, particulièrement difficile d’accès, a enregistré le plus grand nombre de cas de paludisme au début de la saison de transmission.
Observations/Avancées/Validation
De la sensibilisation aux populations :
Par son expérience déjà engagée avec la Primaquine en dose unique faible, Madagascar fait office de pays pilote. Diverses communications de sensibilisation envers les populations ont pu avoir lieu dès le début du projet.
Des visites de site :
En tant que sponsor des essais cliniques, ReMeD a visité la région du parc Ranomafana, au sud-est de l’île. Cette région boisée est soutenue par l’ONG Pivot qui œuvre à l’amélioration des soins de santé dans les districts d’Ifanadiana et Vatovavy. Pascal Millet (lien hypertexte) Accompagnée du professeur Arsene Ratsimbasoa, de l’équipe CNARP et de professionnels de santé du CSB, ont pu évaluer la réalité sur le terrain et le travail extraordinaire accompli quotidiennement par les équipes.
Burkina Faso
Politiques locales
Le Burkina Faso n’a pas encore intégré la stratégie de Primaquine en dose unique dans ses lignes directrices de sa stratégie d’élimination du paludisme mais a d’ores et déjà a bénéficié des études cliniques menées dans le projet DPP en tant que partenaire/
Le déploiement des stratégies de prévention de lutte anti-paludisme au Burkina Faso est actuellement en place via des programmes de lutte contre le vecteur. L’artéméther-luméfantrine, l’artésunate-amodiaquine et la dihydroartémisinine-pipéraquine sont les traitements de première intention officiellement recommandés pour les cas de paludisme sans complication ; l’artésunate, l’artéméther ou la quinine sont utilisés pour le traitement des cas graves.
Partenaires de santé
Sites
L’étude est conduite dans la région du Centre Ouest du pays, dans le district sanitaire de Sabou situé dans la région du Boulkiemdé, dans une zone éco-climatique soudano-sahélienne. Ce district est situé à environ 100 kms à l’ouest de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Le climat se compose d’une saison de pluie unique de mai à octobre, suivie d’une longue saison sèche. Cela définit la transmission hautement saisonnière du paludisme avec la plupart des épisodes de paludisme se produisant pendant ou immédiatement après la saison des pluies. Le paludisme à Plasmodium falciparum représente plus de 90 % des cas de paludisme dans ce district sanitaire. En moyenne, les enfants âgés de 0 à 5 ans souffrent de deux épisodes de paludisme par an. Le district sanitaire de Sabou comprend 20 centres de santé périphériques qui représentent le principal point de contact de la population avec le système de santé. Les centres de santé impliqués sont ceux de Tanghin Wobdo et Gode comme sites Intervention, et Nariou et Nabdogo comme sites Contrôle.
Observations/Avancées/Validation
Burundi
Politiques locales
Le Burundi n’a pas encore intégré la stratégie de SLDPQ dans ses lignes directrices d’élimination du paludisme.
Partenaires de santé
Sites
Le projet est effectué dans le district de Buye, province de Ngozi, et dans le district de Kirundo, province de Kirundo. Ces districts partagent le même niveau de transmission du paludisme. Ce sont des zones à très haut risque qui sont frontalières avec la région sud du Rwanda où la résistance partielle à l’artémisinine de Plasmodium falciparum a récemment été identifiée. Dans chaque district il y a un site Intervention et un site Contrôle : Buye et Buziragahama d’une part, et Myange et Kiyonza d’autre part, respectivement pour le district de Buye et Kirundo.
