Interview croisée de Helena Prado et Mamy Jean-Jacques Razafimahatratra


« Soigner les temps d’échanges »

Helena Prado (ORCID 0000-0002-0270-2167) est maitresse de conférences en anthropologie à l’Université de Strasbourg (Institut d’ethnologie de la Faculté des sciences sociales/Laboratoire Interdisciplinaire en études culturelles). Elle développe depuis 2017 des recherches en anthropologie de la santé, notamment autour des représentations du corps, de la vie reproductive et sexuelle, et de la gestion sociale des maladies vectorielles. Mamy Jean Jacques Razafimahatratra, PhD (ORCID 0000-0002-7238_5179) possède une grande expérience de recherche dans les domaines de la santé et de l’anthropologie de la santé. Il est actuellement chef de division recherche au sein de l’Institut National de Santé Publique et Communautaire (INSP) d’Antananarivo à Madagascar. Avec Denise Hien (ORCID 0000-0002-7073-6924) du Burkina Faso, titulaire d’un master de recherche en anthropologie sociale et culturelle, doctorante en sociologie de la santé à l’université Joseph Ki Zerbo de Ouagadougou et sociologue au sein du Groupe de Recherche Action en Santé (GRAS), ils jouent un rôle clé dans la conduite des études socio-anthropologiques ainsi que dans la mobilisation et l’engagement des communautés envers le projet IMPRIMA.


Valérie Bisson : Quels sont vos parcours respectifs ?
Helena Prado : Je me suis formée en anthropologie sociale et culturelle à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) à Paris et c’est seulement après ma thèse que je suis arrivée aux questions d’anthropologie de la santé ; d’abord sur la santé maternelle et reproductive en contexte d’urgence sanitaire puis sur la gestion sociale des maladies vectorielles telles que zika ou le paludisme.
Mamy Razafimahatratra : Je suis d’abord médecin puis, à la fin de mes études de médecine, je me suis spécialisé en santé publique puis j’ai continué à me former en sciences humaines et sociales et en anthropologie de la santé. Aujourd’hui en tant que responsable de division de la recherche au sein de l’Institut National de Santé Publique et Communautaire (INSP) d’Antananarivo à Madagascar, je suis au cœur des sujets qui me préoccupent tels que la prise en compte des réalités des populations locales.

V B : Quel a été votre point de jonction dans le projet IMPRIMA ?
H P : Après plusieurs hasards et opportunités, nous nous sommes retrouvés dans le groupe de travail qui traite du volet social du projet dédié au paludisme et à la primaquine. Le projet IMPRIMA a été construit avec l’idée d’aborder l’essai clinique en y introduisant un volet socio-anthropologique. Lors de mon post doctorat sur le virus zika au Brésil, j’ai côtoyé, au Ceped (Université Paris Cité), un certain nombre de collègues anthropologues et démographes de la santé qui travaillaient sur des projets interdisciplinaires avec des bailleurs européens et le fond mondial. Et il s’est trouvé que nous avions des collègues communs dont Dolorès Pourette, anthropologue de la santé, qui travaille à Madagascar et à la Réunion.
M R :  C’est d’abord Arsène Ratsimbasoa avec qui je travaille depuis longtemps qui m’a invité à considérer le projet. Effectivement, nous avons découvert cela plus tard ; nous nous étions déjà croisés et lors du lancement du projet IMPRIMA à Strasbourg en novembre 2023, avec le consortium et toute l’équipe du CNARP, nous avons commencé à travailler ensemble sur le WP3. Certes Helena est à Strasbourg et je suis à Madagascar mais on a pu échanger assez vite et de manière fluide sur notre sujet. Nous nous sommes revus assez vite en mars 2024 à Madagascar et en mars 2026 à Leiden aux Pays-Bas.

V B : Comment se passe la mise en œuvre du projet sur la partie qui vous concerne, à savoir l’étude socio-anthropologique ?
H P : La mise en place du protocole de l’enquête qualitative a débuté dès mars 2024 parce qu’on a pu travailler avec efficacité sur le terrain ; Mamy avait de nombreuses interactions avec les professionnels de santé dans les centres de santé communautaire doublé d’un sens tout à fait singulier du lien social et de la relation qui nous a beaucoup facilité la tâche. J’ai alors pu beaucoup observer et lui poser un certain nombre de questions grâce à la confiance établie.
M R : Le WP3 est structuré autour de trois grandes activités : l’étude exploratoire qui récolte les connaissances et les perceptions des gens sur le paludisme, en amont du volet clinique et afin de l’éclairer. L’étude exploratoire s’est finie en septembre 2024 et a identifié les besoins de la population en informations et en communication. L’étude CAP conduite à mi-parcours du projet établit une base pour adapter la stratégie de la mise en œuvre du volet clinique si besoin. Enfin le transfert des compétences auprès des institutions et des responsables locaux est prévue à la fin du projet.

V B : Un dernier mot sur l’ensemble du projet?
H P : je dirais que la bonne marche du projet tient vraiment dans l’idée d’interconnecter les différents WP entre eux. La part d’exploration des connaissances, aptitudes et perceptions des populations, aussi bien soignées que les professionnels de santé et agents communautaires au niveau local, doit interagir avec le volet clinique, et que l’un et l’autre puissent se nourrir avec l’aide aussi des activités de communication. Tous ces éléments vont dans le même sens, à savoir le plaidoyer final afin de permettre l’implémentation de la primaquine. L’idée du projet tel que pensé par EDCTP3 et qui est aussi largement documentée aujourd’hui est qu’une intervention en santé avec un nouveau médicament ne peut pas se faire si on n’a pas l’adhésion des populations. Le travail réciproque d’entrée en dialogue, d’échange et d’alignement des intérêts des uns et des autres autour de la lutte contre le paludisme est primordial.


Propos recueillis par Valérie Bisson à l’Université de Leiden, le 13 mars 2026.

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